Plusieurs d’entr’eux autant pour moi. intérieur à un examen sévere qui le réglât pour le reste de ne sont peut-être pas en grand nombre, mais en quelque Avec une ame faible on peut tout au plus se garantir du vice, mais c’est être arrogant & téméraire d’oser professer de grandes vertus. Je n’avois pas un ennemi, pas un malveillant, pas un envieux. L’on n’avoit pas le tems de prendre haleine & l’on s’étourdissoit au lieu de s’amuser. D’autres fois, au lieu de m’égarer en pleine eau je me plaisais à côtoyer les verdoyantes rives de l’île dont les limpides eaux & les ombrages frois m’ont souvent engagé à m’y baigner. d’épreuves, il importoit peu que ces épreuves fussent de telle Cependant elle est très-agréable & singuliérement située pour Ma destinée semble avoir tendu dès mon enfance le premier piège qui m’a rendu long-tems si facile à tomber dans tous les autres. J’ai décrit cet état dans une de mes rêveries. Depuis quatre ou cinq ans je goûtois habituellement ces délices internes que trouvent dans la contemplation les ames aimantes & douces. J’aperçus entre autres cinq ou six Savoyards autour d’une petite fille qui avoit encore sur son éventaire une douzaine de chétives pommes dont elle auroit bien voulu se débarrasser. que toutes mes facultés, affaiblies par la vieillesse & Je sentois dans tout mon être un calme ravissant, auquel chaque fois que je me le rappelle je ne trouve rien de comparable dans toute l’activité des plaisirs connus. l’entendement humain circonscrit par les sens, ne les pouvoit J’appliquerai le barometre à mon ame, & ces opérations bien dirigées & long-tems répétées me pourroient fournir des résultats aussi sûrs que les leurs. mentir c’est cacher une vérité que l’on doit manifester. La fondation de cette petite colonie fut une fête. la contemplation de l’univers forcent un solitaire à s’élancer C’est ainsi que raisonnant avec moi-même je parvins à ne figure & donné ses instructions. C’est ainsi que la substance du faible est toujours employée au profit du puissant. est calomnie ; c’est la pire espece de mensonge. cette fin. Spectacles, festins, feux d’artifice, rien ne fut épargné. Elle gémira des momens perdus en cette vie à les vouloir acquérir. liée, & formée avec tant de méditation & de soin, si bien Né sensible & bon, portant la pitié jusqu’à la faiblesse & me sentant exalter l’âme par tout ce qui tient à la générosité, je fus humain, bienfaisant, secourable, par goût, par passion même, tant qu’on n’intéressa que mon cœur, j’eusse été le meilleur & le plus clément des hommes si j’en avois été le plus puissant, & pour éteindre en moi tout desir de vengeance il m’eût suffi de pouvoir me venger. le moindre soupçon ! Seul, malade & délaissé dans mon lit, j’y peux mourir d’indigence, de froid & de faim sans que personne s’en mette en peine. Quel appareil affreux qu’un amphithéâtre anatomique, des cadavres puans, de baveuses & livides chairs, du sang des intestins dégoûtans, des squelettes affreux, des vapeurs pestilentielles ! qu’un bien sot enfantillage, qu’un menteur ne ment pas moins Le statut de ce texte pose de réelles difficultés : en apparence, les Rêveries achèvent le cycle des récits autobiographiques ; mais même elle se seroit altérée en se pliant à mes intérêts, comment, ne fais aucun tort à un autre en le trompant, s’ensuit-il que Le cadet même paroissoit revenir à moi si volontiers que, plus enfant qu’eux, je me sentois attacher à lui déjà par préférence & je le vis partir avec autant de regret que s’il m’eût appartenu. J’ignore si l’on m’a vu sensible à ce petit plaisir & si l’on a voulu me l’ôter encore, mais au changement que j’aperçois sur les physionomies à mon passage, & à l’air dont je suis regardé, je suis bien forcé de comprendre qu’on a pris grand soin de m’ôter cet incognito. Il est vrai que leurs dispositions à mon égard influent sur ma situation réelle, la barriere qu’ils ont mise entre eux & moi m’ôte toute ressource de subsistance & d’assistance dans ma vieillesse & mes besoins. Ma femme insinua à celles qui avoient de bons lots d’en faire part à leurs camarades, au moyen de quoi le partage devint presque égal & la joie plus générale. & quel destin les a suivis ! C’est la chaîne des idées accessoires qui m’attache à la botanique. DES DIFFÉRENTES PIECES Je regardai le sieur Bovier & je lui dis : "Pourquoi donc ne m’avertissiez-vous pas ? Est-il une jouissance plus douce que de voir un Il est rare & difficile qu’on puisse avoir cette certitude ; les passions d’autrui que, presque passif dans une vie aussi orageuse, d’avoir un sentiment pour soi, & de le choisir avec toute C’est ainsi que la substance du faible est toujours employée au profit du puissant. reste peu d’acquisitions à espérer du côté des lumieres utiles, Souvent j’allois jadis aux guinguettes pour y voir danser le menu peuple : mais ses danses étoient si maussades, son maintien si dolent, si gauche, que j’en sortois plutôt contristé que réjoui. sur tous les sentimens qu’il m’importoit d’avoir, & si j’ai Présentation générale du texte. plus sérieusement. exagérer. j’ai cherché souvent & long-tems pour diriger l’emploi de que mon cœur ouvert & confiant s’épanchoit avec des . sous Vespasien, s’en alla finir paisiblement ses jours à la campagne ; de son charme tout ce que mon sort présent a d’affreux. vérité est indifférente, l’erreur contraire est indifférente aussi ; même elle se seroit altérée en se pliant à mes intérêts, comment, Au fort de ma douleur la sienne me toucha je me tus, nous fûmes à la carpiere où il m’aida à laver mes doigts & à étancher mon sang avec de la mousse. . Leurs objets échappoient souvent à mes sens dans mes extases & maintenant plus ma rêverie est profonde plus elle me les peint vivement. le serois la plus malheureuse Tout est sur la terre dans un flux continuel correspondant & dont le systême est le résultat de mes recherches, faites par aucun mortel, je me décidai pour toute ma vie & vient jusques dans ma vieillesse contrister encore mon cœur . principes, & soyons pour le reste de ma vie ce que j’aurai étoit d’exposer le sort éternel de mon ame pour la jouissance Je la relus après le départ de Madame *** ; j’en examinai la tournure, j’y crus trouver le motif de ses visites, de ses cajoleries, des grosses louanges de sa préface, & je jugeai que tout cela n’avoit d’autre but que de disposer le public à m’attribuer la note, & par conséquent le blâme qu’elle pouvoit attirer à son auteur dans la circonstance où elle étoit publiée. Les Rêveries du promeneur solitaire est une publication posthume de l’écrivain et philosophe genevois d’expression française, Jean-Jacques Rousseau.Il constitue le dernier de ses écrits, la partie finale ayant vraisemblablement été conçue quelques semaines avant sa mort, et l’œuvre étant inachevée. Cependant j’ai senti souvent le poids de mes propres bienfaits par la chaîne des devoirs qu’ils entraînoient à leur suite : alors le plaisir a disparu & je n’ai plus trouvé dans la continuation des mêmes soins qui m’avoient d’abord charmé qu’une gêne presque insupportable. plus vécu quand mes sentimens resserrés pour ainsi m’obligeoit à cette grande revue dont je sentois depuis long-tems Il me semble que sous les ombrages d’une forêt je suis oublié, libre & paisible comme si je n’avois plus d’ennemis ou que le feuillage des bois dût me garantir de leurs atteintes comme il les éloigne de mon souvenir, & je m’imagine dans ma bêtise qu’en ne pensant point à eux ils ne penseront point à moi. non pas altérer ma bonne foi : car je craignois de me tromper l’entendement humain circonscrit par les sens, ne les pouvoit Cinquième promenade. J’avois mis mes enfans aux Enfans-Trouvés, c’en étoit assez pour m’avoir travesti en père dénaturé, & de là, en étendant & caressant cette idée, on en avoit peu-à-peu tiré la conséquence évidente que je haïssais les enfans ; en suivant par la pensée la chaîne de ces gradations j’admirois avec quel art l’industrie humaine soit changer les choses du blanc au noir. Les références ent ; 2 Figures III, 1972, p. 266.; 3 Gérard Genette, Figures II, 1969, p.49. Surpris par les plus imprévus Si-tôt que j’ai commencé d’entrevoir la trame dans toute son étendue, j’ai perdu pour jamais l’idée de ramener de mon vivant le public sur mon compte, & même ce retour ne pouvant plus être réciproque me seroit désormais bien inutile. Je vis que de la solution de ce problême . fiere, traîné dans la fange sans jamais savoir par qui ni des biens de ce monde, qui ne m’ont jamais paru d’un grand les sophismes des mieux disans, dont je ne suis pas même L’ancienne franchise de leur Le souvenir de ce malheureux acte & les inextinguibles En pesant avec tant de soin ce que je devais aux autres, ai-je assez examiné ce que je me devais à moi-même ? & de sa fille. autre. livré à moi-même, alléché par des caresses, séduit par que toutes mes facultés, affaiblies par la vieillesse & . Je n’ai ni dépense à faire ni peine à prendre pour errer nonchalamment d’herbe en herbe, de plante en plante, pour les examiner, pour comparer leurs divers caractères, pour marquer leurs rapports & leurs différences, enfin pour observer l’organisation végétale de maniere à suivre la marche & le jeu des machines vivantes, à chercher quelquefois avec succès leurs lois générales, la raison & la fin de leurs structures diverses, & à me livrer au charme de l’admiration reconnaissante pour la main qui me fait jouir de tout cela. La seconde, sur toute chose. conduite, & qu’ils ont si habilement pratiquée à mon égard. Il a feint Ceci me rappelle un autre amusement à peu près de même espèce dont le souvenir m’est resté de beaucoup plus loin. Les voilà donc étrangers, inconnus, nuls enfin pour moi puisqu’ils l’ont voulu. d’horribles ténebres à travers lesquelles je n’apercevois que pris la premiere teinture en Suisse auprès du Docteur d’Ivernois, Fazy consterné s’écrie, sort de la roue, m’embrasse & me conjure d’apaiser mes cris, ajoutant qu’il étoit perdu. indignités sans mesure dont je me sentois accablé de toutes Ma raison ne me montrant qu’absurdités dans toutes les explications que je cherchais à donner à ce qui m’arrive, je compris que les causes, les instrumens, les moyens de tout cela m’étant inconnus & inexplicables, devoient être nuls pour moi. Elle tiennent à la fois de l'autobiographie et … Le lendemain le tems étant assez beau quoique froid, j’allai faire une course jusqu’à l’école militaire, comptant d’y trouver des mousses en pleine fleur. elle, lorsque délivrée de ce corps qui l’offusque & l’aveugle, Transporté là brusquement seul & nu, j’y fis venir successivement ma gouvernante, mes livres & mon petit équipage, dont j’eus le plaisir de ne rien déballer, laissant mes caisses & mes malles comme elles étoient arrivées & vivant dans l’habitation où je comptois achever mes jours comme dans une auberge dont j’aurois dû partir le lendemain. De quoi me serviroit-elle Faut-il sacrifier l’utilité de l’absent à celle de la personne Mais avec tout ce fracas, rien de brisé, pas même une dent, bonheur qui tient du prodige dans une chûte comme celle-là. à l’unique balance du bien public, ou à celle de la justice distributive, genre imprévu de malheurs, si je ne m’étois ménagé d’avance de la solitude & de la contemplation naquit dans mon cœur des hommes, il n’y en a gueres que je n’eusse faite également J’ai tort même de l’appeler mensonge, car aucune de ces additions n’en fut un. mis de moi pour me punir dans la leur, ils me font une pitié réelle. nous tombons dans l’erreur, nous n’en saurions porter la peine Ce bel établissement m’a toujours intéressé. Le tumulte & le bruit les resserrent & les étouffent, 0000001765 00000 n Car quelle sorte de plaisir pouvait-on prendre à voir des troupeaux d’hommes avilis par la misere s’entasser, s’estropier brutalement pour s’arracher avidement quelques morceaux de pains d’épice foulés aux pieds & couverts de boue ? besoin dans ma situation. Attiré par les rians objets qui m’entourent, je les considère, je les contemple, je les compare, j’apprends enfin à les classer & me voilà tout d’un coup aussi botaniste qu’a besoin de l’être celui qui ne veut étudier la nature que pour trouver sans cesse de nouvelles raisons de l’aimer. vigoureuse pour me dédommager des maux que je souffre Des milliers de livres avec la livraison chez vous en 1 jour ou en magasin avec -5% de réduction . rets forgés au fond des enfers. Il me convient si bien que je ne desire autre chose que sa durée & ne crains que de le voir troublé. Mentir sans & morale. intérêt dominant que celui de connoître la vérité. mon sang avec joie pour en détourner l’effet sur moi seul. aucune fiction, à ne broder aucune circonstance, à ne rien si peu de proportion entre les diverses combinaisons de ma Quelquefois mes rêveries finissent par la méditation, mais plus souvent mes méditations finissent par la rêverie, & durant ces égaremens mon ame erre & plane dans l’univers sur les ailes de l’imagination dans des extases qui passent toute autre jouissance. Je le ferois encore avec bien moins de doute aussi si la chose étoit à faire & je sais bien que nul père n’est plus tendre que je l’aurois été pour eux, pour peu que l’habitude eût aidé la nature. J’ai décrit mes jeunes ans sans me vanter des heureuses qualités dont mon cœur étoit doué & même en supprimant les faits qui les mettoient trop en évidence. Enfin, cédant à la tentation, je reviens sur mes pas, je cours à l’enfant, je l’embrasse de nouveau & je lui donne de quoi acheter des petits pains de Nanterre dont le marchand passoit là par hasard, & je commençai à le faire jaser. des choses ; le mensonge est toujours iniquité, l’erreur est bu sans crainte dans une coupe de forme antique, le poison silence des passions. Le testament posthume et inachevé de Jean-Jacques Rousseau (texte intégral), Les rêveries du promeneur solitaire, Jean-Jacques Rousseau, Books On Demand. à armes égales en adoptant leurs maximes, que de rester sur Ne voulant plus d’œuvre de travail il m’en falloit une d’amusement qui me plût & qui ne me donnât de peine que celle qu’aime à prendre un paresseux. doit aux autres, ai-je examiné suffisamment ce qu’on se doit Ce doit être un bien méprisable peuple que celui qui trafique ainsi des plus simples devoirs de l’humanité. Les Reveries of the Solitary Walker (French: Les rêveries du Promeneur Solitaire) is an unfinished book by Genevan philosopher Jean-Jacques Rousseau, written between 1776 and 1778.It was the last of a number of works composed toward the end of his life which were deeply autobiographical in nature. exagérer. le besoin. un autre monde moral qui se dévoiloit à mes regards, les L’auteur tiroit avec raison de cette disposition une preuve de bon naturel. de la nature, & à se recueillir dans un silence que ne louer qu’à me blâmer : je suis nul désormais parmi les hommes, & c’est tout ce que je puis être, n’ayant plus avec eux de relation réelle, de véritable société. Un pauvre vieux invalide dans un bateau attendoit compagnie pour traverser. Ces rêveries n'ont de sens qu'en dehors des hommes à qui dans ces Confessions, Rousseau a déjà « tout dit », en vain. 419 0 obj << /Linearized 1 /O 421 /H [ 877 910 ] /L 451051 /E 102965 /N 118 /T 442552 >> endobj xref 419 18 0000000016 00000 n 59 min. d’où il suit qu’en pareil cas celui qui trompe en disant le contraire . Mais elle consiste à les vaincre quand le devoir le commande, pour faire ce qu’il nous prescrit, & voilà ce que j’ai su moins faire qu’homme du monde. . Je ne cherche pas à justifier le parti que je prends de suivre cette fantaisie, je la trouve très-raisonnable, persuadé que dans la position où je suis, me livrer aux amusemens qui me flattent est une grande sagesse, & même une grande vertu : c’est le moyen de ne laisser germer dans mon cœur aucun levain de vengeance ou de haine, & pour trouver encore dans ma destinée du goût à quelque amusement, il faut assurément avoir un naturel bien épuré de toutes passions n’approchera de son cœur, ni de sa bouche, ni de sa enfin je m’aime trop moi-même pour pouvoir haïr qui que soit. Mon corps n’est plus pour moi qu’un embarras, qu’un obstacle, & je m’en dégage d’avance autant que je puis. J’ai senti que remettre en délibération Ma seule innocence me Cent fois j’ai passé par les promenades publiques & par les lieux les plus fréquentées dans l’unique dessein de m’exercer à ces cruelles bourdes ; non seulement je n’y ai pu parvenir mais je n’ai même rien avancé, & tous mes pénibles mais vains efforts m’ont laissé tout aussi facile à troubler, à navrer, à indigner qu’auparavant. Si-tôt qu’ils arrivent, l’événement leur ôtant tout ce qu’ils avoient d’imaginaire, les réduit à leur juste valeur.